Cafard : filiation lointaine avec l’arabe

Qu’il se trouve à la cuisine ou dans l’âme, le cafard est toujours indésirable. Un « coup de cafard » marié à un zeste de dépression et tout devient noir, à l’image d’un cafard remuant dans une assiette.

Tout le monde lutte contre le cafard. Les anti-cafards et les psychanalystes. Les insecticides et les voyants. Mais le « coup de blues », ce sentiment de malaise habituellement traduit par cafard (dans l’expression populaire “j’ai le cafard”), déjoue tous les remèdes et échappe à tous les diagnostics. Et que dire du cafard des créateurs (ou le spleen des poètes) qui, lui, est plutôt d’origine existentielle!

Illustration d'Anastassia Elias

Illustration d’Anastassia Elias

Dans une acception moins courante, le cafard est également le mouchard, celui qui, pour solliciter la reconnaissance des plus forts, n’hésite pas à dénoncer ses propres amis, à trahir sa propre cause. C’est aussi le bigot, le tartufe, celui qui affecte l’apparence de la dévotion. C’est cette dernière signification qui semble être le plus en rapport avec ce que les dictionnaires considèrent comme l’origine arabe de Cafard, c’est-à-dire Kafir, mécréant ou renégat. Cette filiation éloignée peut être étayée par les connotations, toutes négatives, qui se sont rattachées au cafard tout au long de ses mutations.

Le terme Cafard est attesté en France depuis le 16e siècle. A une époque où l’on n’osait pas afficher son athéisme, les faux dévots étaient légion. Et l’on peut imaginer qu’à partir du mot arabe Kafir, une série de déviations phonétiques et sémantiques se sont opérées, à travers le temps, permettant ces glissements du mécréant au tartufe, du tartufe au mouchard et du mouchard à l’insecte qui préfère se promener la nuit.

Le cafard provoque la peur, le dégoût, une peur mélangée de dégoût, peur mystérieuse puisque démesurée au regard du « danger ». Le roman n’a pas manqué d’exploiter cette peur et bon nombre de romans noirs associent à leurs titres le nom de cette petite bestiole: Coup de cafard (Delteil Gérard); Un Cafard pas possible (Bertrand Dorine); Les Cafards n’ont pas de roi (Weiss Daniel Evan), etc.

Et pour les amateurs de frissons métaphysiques (ou absurdes), on ne peut que conseiller le petit bijou de Kafka, La Métamorphose, où un employé se réveille un jour pour se retrouver dans la peau d’un cafard!

Publié également sur le site de l’association Omar Le-Chéri

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *