Autour de la FIAC 2004

Les chaussures, le tableau et la tomate !

La Foire Internationale d’Art Contemporain (FIAC) n’est pas une exposition mais un marché. Cette 31e édition (du 21 au 25 octobre 2004, Porte de Versailles, Paris) réunit 214 galeries de 24 pays. Ici, un regard ingénu qui, ignorant le marché de l’art, a choisi de privilégier le plaisir des yeux.

Un exposant aux chaussures rouges, posté devant un tableau rouge, avale une tomate rouge. Cela ressemble à une mise en scène mais c’est cela aussi une œuvre d’art ! L’art contemporain est sorti du cadre, pour épouser tous les matériaux, intégrer toutes les techniques. La « construction » artistique, en s’affranchissant du cadre, s’est appropriée l’espace, a fait éclater la matière et les percepts pour hisser ses couleurs aux confins du virtuel… Stop! Une voix aérienne me rappelle à l’ordre ! Une conférence débutera dans cinq minutes. Il sera question de la nouvelle loi sur le mécénat… Je n’avais pas oublié que je me trouvais bien dans une foire… La superbe Maserati, partenaire officiel, qui balise l’entrée avait déjà annoncé la couleur ! Même si, autour de la bête noire, de vieux « mannequins » somnolant sur des fauteuils blancs, laissaient penser qu’il pouvait s’agir d’une installation artistique !

Installation d'Andrea Blum

Installation d'Andrea Blum

La matière poétisée
Décidé à poursuivre mon vagabondage visuel, je tente d’échapper à tout parcours structuré suggéré par le plan et de me laisser envahir par cette interpellation interminable de couleurs, de formes, de décors, de vidéo, par ces installations spatiales et scénographiques.

La Foire accueille des galeries présentant « les mouvements historiques du vingtième siècle, les grands courants de l’art contemporain de l’après-guerre, les formes d’art nées de la pensée ‘post-moderne’, les nouvelles tendances… » Même Andy Warhol et son Pop Art est là, avec sa Marilyn technicolor. On apprend beaucoup d’un dossier de presse. Mais je suis venu pour nourrir ma culture visuelle !

Une seringue qui traîne par terre, un monticule fumant, une machine à coudre suspendue au milieu d’un tableau, une statue « sculptée » avec des cintres, un buste réalisé avec des vis et des boulons, un aéronaute fabriqué avec des punaises… La matière sublimée, sortie de son inertie et poétisée. L’œuvre contemporaine ne s’interdit rien. Même pas une matière à aspect merdique pour dessiner les contours d’un visage.

Andrea Blum: recyclage

Andrea Blum: recyclage

Se sentir inférieur ?
Une conférence-remède est prévue pour ceux qui se sentiraient démunis face aux mystères de la création : Comment regarder l’art sans se sentir inférieur. Je ne crois pas avoir suffisamment de courage ou de patience pour y assister. Je tenterai entre-temps de cerner l’étendue de mon ignorance. J’essayerai un jour de me soigner. Autour de 80 000 visiteurs attendus. Quel sera le pourcentage de ceux qui se sentiront inférieurs en présence de cette haute couture de l’art contemporain ?

Sans dossier de presse, je n’aurais jamais deviné qu’il existe un nouveau secteur, Future Quake, réservé à une sélection internationale de 20 jeunes galeries ayant au maximum trois ans d’existence. Ce secteur, dont le titre est inspiré de la phrase d’André Breton « Toute œuvre est un tremblement du futur », abrite un panorama de la « génération montante« . On nous promet un prix unitaire n’excédant pas 5 000 euros. Pour le reste, les prix varient entre 500 et 10 000 euros. En dehors des maîtres, bien entendu.

Club Entreprise offre une combinaison des plus hasardeuses : art et entreprise ! C’est une nouveauté de la FIAC 2004. Sous le slogan Une entreprise – un artiste, une société de financement et de location d’œuvres d’art offre la possibilité aux entreprises et professions libérales d’accéder à l’environnement artistique.

Les arts plastiques ont cet avantage sur la poésie qu’ils ont trouvé une place au sein de la société de consommation, de plus en plus dominée par l’image. La bonne fortune de l’œuvre d’art peut la conduire dans un bureau, une salle d’attente ou, mieux encore, sur une place publique. L’art et l’argent, faux débat, n’est-ce pas ? L’entreprise, en mécène moderne, héritière de la royauté et de l’aristocratie ? C’est quoi l’art subversif ? L’histoire continue…

Mon beau miroir ?
Le spectaculaire, les couleurs éclatantes, l’insolite… tout est bon pour attirer l’œil d’un collectionneur disposant d’un grand salon à agrémenter. Tiens ! Cette carcasse de voiture peinturlurée s’intégrera mal dans un salon « designé » dernier cri. Le Camerounais Pascal Marthine Tayou l’avait certainement imaginée pour d’autres emplois ! Nord / Sud ?

Lu dans dossier de presse : « Quelles sont les fonctions du miroir dans notre civilisation dominée par l’image ? Espace de séduction et d’apparence, le miroir est aussi un objet de spéculation et d’appropriation de l’espace… Aujourd’hui les artistes s’attachent à des miroirs ‘non-narcissiques’… Il s’agira dès lors de s’interroger sur les nouvelles utilisations du miroir, de révéler les nouveaux reflets… et de reconsidérer la question de l’identité dans les nouvelles approches du monde ».

Cela me plaît. Je le garde pour la chute ! J’ai droit de citation. Après tout, je suis journaliste, non ?

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