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Les journalistes y laissent des plumes

Le torchon brûle entre les journalistes et l’Opinion. Les sondages successifs le montrent, les journalistes n’ont pas bonne presse. On leur reproche d’être de mèche avec le pouvoir. Pire encore ! De devenir un pouvoir au lieu d’être un contre-pouvoir.

The party

Collage d’Anastassia Elias

 

Selon les sondages, les journalistes sont aux petits soins devant les puissants, dans leurs petits souliers face aux vedettes. Ils retournent facilement leur veste, passant en coup de vent de droite à gauche et de gauche à droite, en s’abritant derrière l’argument fallacieux que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.

On les soupçonne de faire l’impasse sur certaines infos, de cacher des secrets de Polichinelle, cousus de fils blancs, qu’ils partagent avec les confrères et ne vendent la mèche qu’au moment opportun. Alors qu’on attend d’eux de révéler des secrets d’Alcôve, de tirer la sonnette d’alarme, de jeter des pavés dans la marre, de secouer le cocotier.

Les journalistes se regardent trop le nombril, s’abreuvent à la même source, tournent en rond à l’intérieur de leur petit monde. Si l’un des leurs est mis sur la sellette ils crient au scandale, déterrent la hache de guerre et partent en croisade. Ils ne font pas dans la dentelle pour dénoncer tout ce qui peut porter atteinte à leur réputation. En revanche, ils se soucient de celle des autres comme de leurs dernières chaussettes.

Les détracteurs poussent le bouchon un peu loin en reprochant aux journalistes de hurler avec les loups, de pratiquer la chasse aux sorcières. Les détracteurs enfoncent le clou en affirmant que les journalistes ne battent pas leur coulpe lorsqu’ils commettent une erreur. Ils revendiquent même le droit à l’erreur. « Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent jamais », se justifient-ils.

Les journalistes rétorquent qu’il s’agit là d’un procès en sorcellerie. Leur image négative dans l’Opinion n’est que l’arbre qui cache la forêt. L’Opinion est jalouse. La preuve en est que, en dépit de la crise de la presse, de plus en plus de jeunes veulent obtenir le précieux sésame : la carte de presse.

Les journalistes ne comprennent pas pourquoi ils n’ont pas la cote. Eux qui n’hésitent pas à mettre les mains dans le cambouis, à se mouiller la chemise en se rendant sur les points chauds de la planète. Ils refusent de devenir la tête de turc d’une société en crise et de payer les pots cassés par une minorité carriériste de confrères.

Il ne sert à rien donc de casser du sucre sur le dos des journalistes. Ils n’ont pas la réputation de faire le dos rond mais de répondre du tac au tac. Il faut se lever tôt pour pouvoir leur damer le pion. Ils n’ont pas la langue dans la poche. Ils sont plutôt connus pour avoir du bagou.

Cependant, année après année, l’Opinion persiste et signe: les journalistes ont besoin de remettre les pendules à l’heure, de se donner un coup de pied dans la fourmilière. Pour redorer leur blason, ils devraient renoncer à leurs privilèges et couper le cordon ombilical avec les puissants. Ils ne peuvent pas garder le beurre et l’argent du beurre.

Il est certain que les journalistes n’ont pas dit leur dernier mot ni brûlé leur dernière cartouche. Ils ne jetteront pas l’éponge. Ils ont toujours su tirer leur épingle du jeu et tirer les marrons du feu sans se brûler les doigts. Certains parmi eux se recyclent déjà dans les cabinets politiques.

Les journalistes refusent de jeter le bébé avec l’eau du bain. Ils ont d’autres chats à fouetter ! Internet est venu mettre de l’huile sur le feu en accentuant la crise de la presse. Les journalistes ont beau jeter l’anathème sur Internet, ils sont en train d’essuyer les plâtres d’une mutation qui s’effectue en leur absence.

Les journalistes continueront encore un peu à mettre des cerises sur le gâteau, avant d’être contraints de mettre de l’eau dans leur vin et de prendre le train en marche tout en mangeant la pomme de discorde.

Il existe cependant des esprits chagrins pour prétendre que les journalistes devraient aussi changer de langage. A force d’user et d’abuser de clichés et de stéréotypes, ils auraient attrapé un virus communément appelé « pensée unique ».

Un virus qui a la peau dure. Et le jour où l’on verra les journalistes lui faire la peau sera marqué d’une pierre blanche.

« VuVox », un concentré de multimédia

Une page web est infinie. Sauf que les impératifs de lisibilité exigent qu’elle soit finie. L’espace vertical d’une page web peut être « étendu » par incrustation, permutation, irruption mais aussi par une extension horizontale. C’est ce que permet de faire  VuVox, éditeur multimédia en ligne, comme le montre l’exemple ci-dessous.

Il s’agit d’un petit texte sur l’aménagement du quartier des Halles à Paris, que j’ai traité à l’aide de VuVox et avec des ressources partagées Flickr, Youtube et DailyMotion.

VuVox permet une narration  multimédia (presque) globale. Tout y est : texte, son, image, vidéo, animation, lecture horizontale, partage. Un concentré de multimédia et de niveaux de lecture. Il ne lui manque que l’interactivité et quelques options supplémentaires de réglage.

Célébration d’Ingrid Betancourt : le miroir d’un manque ?

Quatre idées en marge de la célébration d’Ingrid Betancourt:

1.
L’emballement médiatique a transformé la libération de Betancourt en un «événement idéologique» dans lequel se mêlent morale, politique, faits divers, famille, religion… Dimensions auxquelles adhérent les médias qui ont traité l’événement de manière exaltée.

2. En célébrant la libération de Betancourt, médias, pouvoirs, associations, etc. font également de l’autocélébration. Ils se renvoient l’image rassurante de leur bonté, de leur altruisme et de leur humanité. On exprime sa bonté et on la voit à l’écran. On s’entend parler et on s’extase de sa propre parole. Les médias se font une idée délirante de leur rôle. Ils déversent leur propre image et se noient dedans.

Ingrid Betancourt
Illustration
Anastassia Elias

3. L’« événement Betancourt » (entre l’enlèvement et la libération) a fonctionné, a posteriori, comme une opération marketing : création de l’attente, lancement du produit et consommation. Mais c’est un produit particulier qui doit fonctionner comme une icône. C’est pourquoi on écarte tout ce qui peut nuire à l’icône : circonstances de l’enlèvement, rapports avec le mari… Le produit se trouve dorénavant sur le marché. Il ne manque que les « produits dérivés » (livre, film, pièce de théâtre, conférence…)

4. Comment comprendre cet emballement, cet « affolement » pour quelqu’un qu’on connaît à peine, pour la simple raison qu’il a été pris en otage puis libéré ? Est-ce l’expression d’un manque? D’une vacuité? Est-ce le besoin d’une cause (forcément sélective) qui sert à se rassurer, à se prouver qu’on est encore capable de défendre un semblant de valeurs universelles?